
Que visiter dans le Lubéron : villages, ocres, nature
Le Lubéron concentre cinq villages classés Plus Beaux Villages de France, des falaises d’ocre uniques au monde, une abbaye cistercienne du XIIe siècle et un parc naturel de 185 000 hectares. Voici quoi visiter, secteur par secteur, du Petit Luberon perché aux ocres de Roussillon jusqu’aux vignobles du Sud.
Les villages perchés du Petit Luberon
Le Petit Luberon, partie ouest du massif, aligne les villages de pierre les plus connus. Gordes ouvre presque toujours la visite. Bâti comme une forteresse minérale sur un éperon rocheux, il domine la vallée du Calavon. Ses maisons de pierre captent la lumière du Sud dans un éclat blanc reconnaissable. Le revers : sa notoriété attire les foules dès 10h en saison.
Notre conseil : arrivez avant 9h. La lumière rasante du matin sur les pierres blanches vaut le réveil, et le parking haut se remplit vite.
Roussillon offre le contraste le plus saisissant. Le village est construit au sommet d’une falaise d’ocre, et façades comme toitures s’imprègnent des mêmes rouges, oranges et jaunes que le paysage. Vous passez d’un blanc minéral à une palette de feu en vingt minutes de route. Le village reste petit, donc préférez une visite en demi-journée combinée au sentier des ocres. Le belvédère du Castrum, en haut du bourg, livre la meilleure vue sur les carrières environnantes et la vallée.
Ménerbes complète ce trio nord. Posé sur un éperon, il surplombe un paysage de garrigue et de vignes, avec un panorama sur le Lubéron et les Monts de Vaucluse. Moins couru que Gordes, il conserve une authenticité rare. Le Musée du Tire-Bouchon, à l’entrée du village, intéresse les amateurs de vin. Ménerbes a aussi inspiré l’écrivain Peter Mayle, dont les récits ont fait connaître le Lubéron au public anglophone.
Au-delà de ces noms connus, Saignon et Oppède-le-Vieux gardent l’atmosphère d’avant le tourisme de masse. Saignon domine la vallée d’Apt depuis son rocher, et son lavoir ombragé invite à une pause. Oppède-le-Vieux, partiellement abandonné puis restauré, mêle ruines et maisons habitées dans un décor presque hors du temps. Notre sélection de villages secrets de Provence recense ces pépites, accessibles en voiture depuis Apt ou L’Isle-sur-la-Sorgue.
Pour une première découverte du Petit Luberon, une boucle d’une journée tient debout :
- Matin : Gordes avant 9h, puis l’abbaye de Sénanque toute proche.
- Midi : déjeuner et flânerie à Roussillon, sentier des ocres dans la foulée.
- Après-midi : Ménerbes et l’un des deux villages discrets (Saignon ou Oppède-le-Vieux).
Le label Plus Beaux Villages de France, expliqué
Cinq villages du Lubéron portent ce label : Gordes, Roussillon, Ménerbes au nord, Lourmarin et Ansouis au sud. La distinction récompense les petits villages ruraux les plus remarquables du pays. Les critères sont stricts : moins de 2 000 habitants, un patrimoine architectural exceptionnel souvent inscrit aux Monuments Historiques, et un engagement local fort pour la préservation.
Le Vaucluse compte sept villages labellisés au total, et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en rassemble vingt-quatre. Le Lubéron en concentre donc une part notable sur un rayon de trente kilomètres, ce qui en fait l’un des territoires les plus denses de France pour ce label.
Les ocres : Roussillon, Rustrel et les mines de Bruoux
Le massif des ocres est la signature géologique du Lubéron. Roussillon se situe au centre de l’un des plus grands gisements d’ocre au monde. Le sentier des Ocres, au cœur du village, se parcourt en boucle courte (30 à 50 minutes selon le circuit choisi) à travers d’anciennes carrières aux couleurs vives. Prévoyez des chaussures qui ne craignent pas la poussière rouge : elle marque les semelles et les vêtements clairs.
À une vingtaine de minutes de route, le Colorado Provençal de Rustrel déroule une version plus sauvage et plus vaste. Cet ensemble géologique, ancienne carrière d’ocre exploitée entre 1871 et 1993, évoque les paysages du Colorado américain. Les sentiers balisés serpentent entre cheminées de fée et falaises orangées. Comptez 2 à 3 heures pour le grand circuit.
Pour comprendre l’histoire industrielle de l’ocre, les mines de Bruoux à Gargas valent le détour. L’exploitation a creusé plus de 50 km de galeries dans le massif en quelques décennies. L’ancienne mine Janselme se visite aujourd’hui sur 650 mètres de galeries aménagées, à 10 °C en permanence. Une visite guidée idéale les jours de forte chaleur.
Trois manières d’aborder l’ocre se dessinent donc :
- Sentier de Roussillon : court, accessible, intégré au village, parfait en demi-journée.
- Colorado de Rustrel : plus long, plus sauvage, pour une vraie randonnée colorée.
- Mines de Bruoux : souterrain, guidé, axé sur l’histoire de l’exploitation.
L’abbaye de Sénanque et le patrimoine religieux
À quelques kilomètres de Gordes, l’abbaye de Sénanque est l’image la plus célèbre du Lubéron. Ce monastère cistercien fondé en 1148 par des moines venus de l’abbaye de Mazan, en Ardèche, abrite toujours une communauté religieuse. L’architecture romane y est d’une sobriété rare, fidèle à l’idéal cistercien de dépouillement.
Le champ de lavande qui borde l’abbaye fleurit entre fin juin et mi-juillet. C’est la scène la plus photographiée de Provence, et donc la plus fréquentée à cette période. Pour profiter du site sans la foule, visez l’ouverture matinale ou une visite hors floraison, où le calme du vallon prend le dessus.
L’abbaye se visite en accès guidé, dans le respect de la vie monastique. Le silence est demandé, et certaines parties restent fermées au public. Vérifiez les horaires avant de venir : ils varient selon la saison et les offices. La boutique des moines vend miel, essences de lavande et liqueurs produits sur place, une halte appréciée en fin de visite.
Le Lubéron ne se résume pas à Sénanque côté patrimoine bâti. Plusieurs sites complètent la visite culturelle :
- Le village des Bories près de Gordes, hameau de cabanes en pierre sèche.
- Le château de Lourmarin, premier château Renaissance de Provence.
- Le prieuré de Saint-Symphorien à Buoux, isolé dans un vallon sauvage.
Les sites naturels et le Parc du Lubéron
Le Parc naturel régional du Lubéron structure tout le territoire. Créé en 1977, c’est le 17e parc naturel régional de France. Il couvre 185 000 hectares répartis entre Vaucluse et Alpes-de-Haute-Provence, et s’étend d’est en ouest sur trois reliefs : le Lubéron oriental, le Grand Luberon et le Petit Luberon.
Sa valeur écologique est reconnue à l’échelle mondiale. En décembre 1997, l’UNESCO l’a admis dans le réseau mondial des réserves de biosphère. Depuis 2015, il porte aussi le label Géoparc mondial UNESCO, qui distingue un patrimoine géologique d’intérêt international, ici incarné par les ocres et les gorges. Cette logique de parc protégé se retrouve ailleurs en France, détaillée dans notre tour des parcs naturels régionaux.
Pour les marcheurs, le Mourre Nègre est le point culminant du massif, à 1 125 mètres. Son nom vient du provençal et signifie « museau noir », en référence à la forme arrondie du sommet. La montée par le versant nord, depuis Auribeau, offre un panorama large sur le Grand Luberon et, par temps clair, jusqu’au Mont Ventoux. La randonnée demande une bonne demi-journée et de l’eau en quantité : l’ombre manque sur les crêtes.
Ceux qui cherchent d’autres sentiers majeurs en Provence trouveront dans la randonnée des Gorges du Verdon un prolongement spectaculaire, à environ deux heures de route à l’est du Lubéron.
Le Sud Luberon : Lourmarin, Ansouis et les vignobles
Le versant sud du massif change d’ambiance. Lourmarin y joue la carte de la convivialité, avec ses rues bordées de platanes, ses terrasses animées et son château Renaissance, le premier de Provence. Albert Camus repose dans son cimetière. Le village vit toute l’année, ce qui le distingue des sites plus touristiques du nord.
Ansouis, niché sur une colline, offre une halte paisible. Son château millénaire veille sur des toits de tuiles et des ruelles fleuries. Moins fréquenté, il convient à une fin de journée tranquille, loin des flux de Gordes ou Roussillon.
Le Sud Luberon est aussi un terroir viticole. Les domaines de l’appellation Luberon proposent des dégustations, souvent dans des caves familiales. Plusieurs villages organisent des circuits œnotouristiques signalés, faciles à enchaîner en voiture entre deux visites de patrimoine. Cucuron, avec son grand bassin bordé de platanes centenaires, sert souvent de point de départ à ces escapades dans les vignes.
Quelques repères pour bâtir une journée dans le Sud Luberon :
- Lourmarin pour le château et l’ambiance de village vivant.
- Ansouis pour une halte calme et son château médiéval.
- Cucuron et Cadenet pour les marchés provençaux et les domaines viticoles.
À l’ouest du massif, L’Isle-sur-la-Sorgue mérite une matinée à part. Surnommée la Venise comtadine pour ses canaux, la ville est la capitale française de l’antiquité après Paris. Plus de 350 antiquaires et brocanteurs y sont répartis dans plusieurs « villages d’antiquaires », ouverts les week-ends et jours fériés. Deux foires internationales par an y rassemblent des centaines de professionnels.
Organiser sa visite : timing et logique de circuit
Le Lubéron se visite mal en une journée. Les villages, les ocres et les sites naturels s’étalent sur un large territoire, et les routes sinueuses ralentissent les trajets. Trois jours forment le bon socle : un jour pour le Petit Luberon et ses villages perchés, un jour pour les ocres, un jour pour le Sud Luberon et les vignobles.
La saison change tout. Mai, juin et septembre réunissent le meilleur compromis : températures douces, villages respirables, lumière nette. Juillet et août apportent la lavande en fleur mais aussi l’affluence et la chaleur, qui rendent les visites de mi-journée pénibles. L’hiver dévoile un Lubéron minéral et calme, certains sites tournant alors au ralenti.
Côté base, Apt, Gordes ou L’Isle-sur-la-Sorgue placent l’essentiel à moins de 30 minutes. Une voiture reste indispensable : les transports en commun desservent peu les villages perchés et les sites naturels. Pour situer le Lubéron dans un voyage plus large, notre guide sur où partir dans le sud de la France aide à articuler le séjour avec la Camargue, la Côte d’Azur ou les Gorges du Verdon.
Prochaine étape : bloquer trois jours hors juillet-août, réserver un hébergement à Apt ou Gordes, et caler la visite de l’abbaye de Sénanque en ouverture matinale. Le reste se découvre au rythme des routes provençales.


