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Randonnée dans les gorges du Verdon : préparer sa descente dans le canyon

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La randonnée dans les gorges du Verdon, c’est descendre au fond d’un canyon calcaire de 700 mètres de profondeur, sur 25 kilomètres de long. Deux sentiers permettent cette immersion totale : le Sentier Martel (15 km, niveau difficile) et le Sentier de l’Imbut (10 km, très difficile). Chaque itinéraire engage différemment selon le profil du randonneur et la période choisie.

Dans la gorge ou au-dessus : deux façons de découvrir le Verdon

Le Parc Naturel Régional du Verdon propose deux types d’expérience radicalement différents. Les belvédères de la Route des Crêtes (rive droite) et de la Corniche Sublime (rive gauche) offrent des panoramas sur les gorges depuis le haut. C’est spectaculaire, accessible à tous, et ne demande pas de préparation particulière. Mais ce n’est pas randonner dans la gorge.

Les sentiers du dessus : panoramas et points de vue

La Route des Crêtes longe la rive droite sur la D952 entre La Palud-sur-Verdon et le Point Sublime. Une douzaine de belvédères s’y succèdent, dont l’Escalès et ses falaises verticales de 300 mètres. La Corniche Sublime (D71) aligne ses propres points de vue sur la rive gauche, avec les Balcons de la Mescla et le Pont de l’Artuby.

Les sentiers de crête, comme le sentier du Lézard (4 km, niveau intermédiaire), longeant les bords de gorge depuis la Corniche Sublime, offrent des vues plongeantes sur la rivière sans descendre au fond. Ces itinéraires conviennent parfaitement pour une première visite ou les journées de grande chaleur estivale.

Les sentiers du fond de gorge : une autre réalité

Le fond des gorges constitue un environnement radicalement différent. La lumière y pénètre directement seulement quelques heures par jour. La rivière y est présente, les parois calcaires semblent gigantesques vues d’en bas. Les bruits extérieurs disparaissent. Et la chaleur s’accumule dès que le soleil touche les parois.

C’est cette expérience que proposent le Sentier Martel et le Sentier de l’Imbut. Les deux débutent en haut de la rive, descendent par des passages techniques et atteignent le bord de l’eau à mi-parcours. La différence avec les belvédères est totale : les gorges du Verdon se lisent différemment depuis le fond.

Pour situer ces sentiers dans l’ensemble du territoire, le guide de la randonnée dans le Verdon couvre les autres secteurs du parc, du plateau de Canjuers aux bords du lac de Sainte-Croix.

Le Sentier Martel : 15 km au fond du canyon

Le Sentier Martel reste la randonnée de référence des gorges. Nommé en hommage à Édouard-Alfred Martel, spéléologue qui explora les gorges en 1905, il descend depuis le Chalet de la Maline jusqu’au Point Sublime. 15 kilomètres, 700 mètres de dénivelé négatif, entre 6 et 7 heures de marche selon le rythme.

La descente par la Brèche Imbert

Le parcours commence par 252 marches métalliques, les Échelles de la Brèche Imbert. La descente est abrupte : le sentier perd 400 mètres d’altitude en moins de 2 kilomètres avant d’atteindre la première plage de galets. Cette section s’effectue à l’ombre des parois pendant la matinée, ce qui en fait le moment idéal pour une progression rapide.

Passé la Brèche, le Sentier Martel longe le Verdon au plus près de l’eau sur plusieurs kilomètres. Les plages de galets succèdent aux passages rocheux. Au printemps, certaines sections imposent de traverser le lit de la rivière à gué selon le niveau d’eau. L’eau du Verdon, teintée de bleu-vert par la calcite en suspension, atteint ici toute sa profondeur de couleur.

Les trois tunnels dans la roche

À mi-parcours, le sentier traverse trois tunnels creusés à la pioche dans le calcaire au début du XXe siècle. Ces galeries, longues de 150 à 700 mètres, plongent dans une obscurité totale. La lampe frontale est obligatoire : sans elle, la progression devient dangereuse sur le sol irrégulier et humide.

Les tunnels constituent un moment à part. La température y chute de 8 à 10 degrés par rapport à l’extérieur. La sortie de chaque galerie révèle un méandre différent des gorges. Randonneurs et guides locaux s’accordent à dire que ces passages forment la séquence la plus mémorable de l’itinéraire, loin devant les vues en plongeon depuis les belvédères.

Gérer la chaleur dans le fond du canyon

C’est le danger le plus sous-estimé de la randonnée dans les gorges du Verdon en été. Le fond du canyon agit comme un four solaire entre 10h et 17h de juillet à août. La roche calcaire absorbe la chaleur et la restitue, faisant monter les températures à 38-40°C dans les sections exposées. Le sentier ne dispose d’aucun point d’eau potable sur la quasi-totalité de ses 15 kilomètres.

Les recommandations du Parc Naturel Régional sont précises : départ avant 7h du matin en juillet-août, minimum 3 litres d’eau par personne, sel ou électrolytes pour compenser la transpiration. Chaque été, des évacuations hélitreuillées ont lieu pour des coups de chaleur sur ce sentier. Les secouristes du SDIS rappellent que la majorité des interventions concerne des randonneurs partis sans eau suffisante après 9h.

Septembre résout ce problème. Les températures dans la gorge restent supportables, la lumière est d’une qualité différente en fin de journée, et les sentiers retrouvent leur sérénité après l’affluence estivale.

La navette : logistique indispensable

Le Sentier Martel ne forme pas une boucle. Le départ s’effectue au Chalet de la Maline, l’arrivée au Point Sublime, soit 8 kilomètres à vol d’oiseau. Sans navette, il faut revenir par le même chemin (30 kilomètres aller-retour) ou avoir deux véhicules positionnés aux deux extrémités.

La navette officielle, gérée par la communauté de communes, relie le Chalet de la Maline et le Point Sublime. Elle fonctionne de mai à octobre, avec des horaires élargis en juillet-août. La réservation s’impose dès juin : les places s’épuisent 48 à 72 heures à l’avance en haute saison. Hors saison, des taxis locaux assurent ce trajet entre 15 et 20 euros.

Le Sentier de l’Imbut : la variante technique

Le Sentier de l’Imbut part du parking des Cavaliers sur la Corniche Sublime. 10 kilomètres aller-retour, 350 mètres de dénivelé, entre 5 et 6 heures de marche. La classification officielle est “très difficile” et elle se justifie sur le terrain.

Un terrain plus exigeant, une fréquentation réduite

Contrairement au Sentier Martel, l’Imbut ne bénéficie d’aucune infrastructure de navette. Le retour s’effectue obligatoirement par le même chemin. Cette contrainte limite naturellement la fréquentation : les jours de forte affluence sur le Martel, l’Imbut reste praticable sans attente aux passages étroits.

Le sentier traverse plusieurs sections câblées où les mains courantes sont nécessaires pour progresser en sécurité. Les passages en dévers, au-dessus de la rivière, exigent de la concentration et une aisance sur terrain rocheux. Les bâtons de marche facilitent la progression en descente mais gênent les passages câblés, mieux vaut savoir quand les ranger.

L’Imbut, là où la rivière disparaît sous les rochers

L’objectif terminal du sentier est l’Imbut : un chaos de blocs rocheux où le Verdon s’engouffre sous les pierres et disparaît sur plusieurs centaines de mètres. Ce phénomène géologique, unique dans les gorges, donne au lieu une atmosphère particulière. La rivière continue son cours sous terre avant de réapparaître en aval.

Peu de randonneurs atteignent ce point. L’effort et la technicité du terrain sélectionnent naturellement les visiteurs. Depuis l’Imbut, la remontée prend entre 2h30 et 3 heures selon le niveau. Prévoir 6 heures au total pour cette sortie, eau et collation comprises, avec une marge pour les passages délicats en sens inverse.

Préparer sa randonnée dans les gorges du Verdon

Choisir l’heure de départ

L’heure de départ conditionne la qualité et la sécurité de la randonnée. En mai, juin et septembre, un départ à 8h reste confortable sur les deux sentiers. En juillet-août, le départ avant 7h s’impose sur le Sentier Martel : les premiers 5 kilomètres dans les gorges se font alors à l’ombre des parois ouest.

Pour l’Imbut, le problème de chaleur est similaire mais géré différemment : le chemin du retour traverse des zones exposées en début d’après-midi. Départ à 7h30 maximum en plein été, avec une progression régulière pour atteindre l’Imbut avant 11h.

Équipement adapté aux parois calcaires

ÉquipementSentier MartelSentier de l’Imbut
Chaussures montantes crantéesIndispensableIndispensable
Lampe frontaleObligatoire (3 tunnels)Recommandée
Eau (minimum par personne)3 litres2,5 litres
Bâtons de marcheUtiles en descenteÀ ranger aux passages câblés
Trousse de premiers secoursRecommandéeRecommandée

Les rochers humides en fond de gorge représentent le principal risque de glissade. Les semelles Vibram ou équivalent adhèrent correctement au calcaire mouillé. Les chaussures de trail légères ou de sport ne sont pas adaptées aux passages rocheux de ces deux sentiers.

Points de ravitaillement et stationnement

Le Chalet de la Maline dispose d’un gardien et d’un point d’eau en saison (de mai à septembre). Le Point Sublime a un parking et des toilettes. Aucun ravitaillement entre les deux extrémités du Sentier Martel. Pour l’Imbut, le parking des Cavaliers est le seul point de départ, sans service ni eau.

Les parkings saturent en haute saison dès 9h. Arriver tôt ou utiliser la navette depuis un village-base évite la frustration des voitures bloquées à l’entrée des routes d’accès. Moustiers-Sainte-Marie, qui figure parmi les plus beaux villages de Provence, offre le meilleur rapport situation géographique et services : camping, gîtes, restaurants à quelques kilomètres du lac de Sainte-Croix.

Combiner la descente dans les gorges avec un séjour dans le Verdon

Les gorges constituent la partie la plus spectaculaire du parc, mais pas la seule. Le Parc Naturel Régional du Verdon couvre 178 000 hectares avec des ambiances très contrastées selon les secteurs. Un séjour de 3 à 4 jours autour des gorges permet de combiner une descente dans le canyon, une journée sur les belvédères de la Route des Crêtes, et une sortie sur les sentiers du lac de Sainte-Croix.

Cette organisation répartit l’effort sur plusieurs jours et évite la fatigue accumulée. Le deuxième jour de marche dans les gorges après une descente le premier jour produit des muscles raides qui transforment les passages câblés de l’Imbut en épreuve difficile.

Pour les randonneurs qui voyagent léger et cherchent à maîtriser leur budget, le guide voyager en France à petit budget s’applique directement au Verdon : camping municipal à Moustiers, pique-niques préparés depuis les courses à Manosque ou Digne avant d’entrer dans le parc.

Le Verdon s’intègre aussi dans un circuit Provence plus large. Notre guide pour préparer un road trip en France donne les bases pour organiser les étapes autour de cette destination exigeante en logistique, notamment pour le calcul des temps de trajet depuis Aix-en-Provence (1h30) ou Nice (2h).

Pour les amateurs de grands espaces naturels, le comparatif des parcs naturels régionaux de France présente d’autres territoires de randonnée : le Vercors et ses gorges calcaires, le Queyras et ses sentiers d’altitude, les Volcans d’Auvergne avec ses itinéraires accessibles à tous les niveaux.

Prochaine étape : vérifier la météo 48 heures avant la sortie (les orages estivaux montent vite dans les gorges et rendent les passages câblés dangereux), réserver la navette du Sentier Martel si la date tombe entre juin et août, et télécharger la carte IGN Top 25 numéro 3442OT hors-ligne avant de quitter les zones couvertes par le réseau mobile.

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